Pourquoi je planifie moins : l’art de la spontanéité en 2026
On pense souvent qu’un enseignant doit être méticuleusement préparé avec des plans A, B et C pour que le cours se déroule sans heurt, et dans une certaine mesure, c’est peut-être vrai. Les élèves sont de fins observateurs qui remarquent rapidement lorsqu’un enseignant improvise maladroitement une leçon sur le coup. Cependant, il y a une valeur immense à ne pas trop préparer et à laisser la leçon prendre vie d’elle-même.
« Étudier, ce n’est pas consommer des idées, c’est les créer et les récréer. » – Paulo Freire
Nous fixons des objectifs pour la leçon : les points de grammaire à couvrir, le vocabulaire à pratiquer, le matériel nécessaire, les chansons à faire jouer, ainsi que le moment et l’ordre dans lesquels nous exécuterons chaque étape. Nous déterminons ce que les élèves savent, ce qu’ils doivent savoir, ce qu’ils doivent pratiquer, leur « niveau », et même les mots à enseigner avant une lecture ou un exercice d’écoute. Nous aménageons l’espace physique et numérique : jouets, dés, fenêtres et vidéos. Nous veillons à contrôler le déroulement afin de gérer le groupe. Toutes ces choses ont leur place. J’aime simplement rappeler la distinction entre « contrôle » et « guidage ».
Si vous adoptez le rôle d’un metteur en scène et forcez les élèves à jouer les comédiens, ils risquent d’adopter une attitude passive face à leur apprentissage. Vous voulez plutôt encourager une participation active et intrinsèquement motivée qui aidera les leçons à ancrer durablement. Concentrez-vous sur le développement de leur capacité à réagir dans un environnement en changement. Bien que les activités structurées soient essentielles comme base, l’objectif devrait être de « guider » les élèves. Offrez-leur l’espace et le matériel, puis prenez du recul pour voir ce qu’ils créent ensemble. Vous serez peut-être très présent au début du cours, mais laissez aller progressivement. Donnez-leur l’occasion de faire des erreurs, de se corriger et de se corriger entre eux!
La communauté de la classe
« Je crois donc que l’éducation est un processus de vie et non une préparation à la vie future. » – John Dewey
La langue est une activité sociale. Plus les élèves ont d’occasions de faire des erreurs, plus ils peuvent tisser des liens entre eux à travers l’apprentissage; plus la petite communauté deviendra soudée. La classe n’est pas séparée de tout ce que nous apprenons à la maison et en ligne, elle en est la continuité. Il est primordial de cultiver les relations entre vos élèves grâce au jeu collaboratif, qui pourra ensuite se répercuter dans le monde « extérieur ». Mettez en place des activités où ils doivent s’entraider et se guider les uns les autres. Cela bâtit une confiance mutuelle qui leur permettra d’explorer leur identité dans une nouvelle langue.
Apprendre une nouvelle langue peut être très intimidant. On ne peut pas faire les mêmes blagues ni laisser briller notre personnalité comme dans notre langue maternelle. Sera-t-il plus difficile de se faire des amis? C’est une préoccupation que vous devriez garder en tête lors de la planification de vos leçons. Une activité réussie ne fait pas qu’enseigner du vocabulaire ou de la grammaire : elle crée un espace pour se lier d’amitié. L’amitié ne se planifie pas, elle se forge sur le moment.
Laissez de la place à la vie
« Enseigner d’une manière qui respecte et prend soin de l’âme de nos élèves est essentiel si nous voulons offrir les conditions nécessaires pour que l’apprentissage puisse s’amorcer de la façon la plus profonde et la plus intime. » – bell hooks
Les murs de la pièce ou les contours de notre écran d’ordinateur nous amènent facilement à nous croire coupés de la « vraie vie » lorsque nous entrons dans la classe, mais le monde nous y « suit ». Nous devons découvrir à quoi ressemble cette vie chaque jour. Les élèves apportent leurs expériences et leurs émotions individuelles et collectives. Nous devons veiller à leur laisser de la place dans nos planifications de cours!
Si vos élèves sont épuisés ou traversent des événements et des émotions difficiles, de quoi ont-ils besoin? Est-ce vraiment si important qu’ils maîtrisent parfaitement les points de grammaire du jour pour respecter votre rythme d’enseignement? Ou est-il plus important de créer un espace de connexion et de renforcement de la confiance par le jeu, en leur offrant le soutien dont ils ont besoin pour réussir? En planifiant moins et en vous permettant de voir où en sont vos élèves sur le moment, vous commencez à tracer un chemin ensemble, de façon organique.
J’espère que ce court texte vous aura inspiré une idée à appliquer lors de votre prochaine planification : planifiez moins. Lâchez prise sur le contrôle, nourrissez votre petite communauté et soyez conscient de la façon dont vos leçons se connectent à leur monde dans son ensemble. Au passage, j’ai inclus trois de mes auteurs préférés sur le sujet de l’éducation. N’hésitez pas à découvrir leurs ouvrages! Chaque enseignant recèle une mine de connaissances que nous pouvons emporter avec nous. Bon enseignement!